Basé dans le Blayais, en Nouvelle-Aquitaine (France), je développe une pratique à la rencontre de la peinture, de la sculpture et du textile. Mon travail s’est progressivement détaché du plan du tableau pour investir le relief, le volume et l’espace, jusqu’à prendre la forme d’installations.
Le textile est devenu le matériau central de cette recherche. Fibres naturelles, tissus, sacs de jute, filets, cordages et dentelles sont assemblés, parfois rigidifiés, puis travaillés par la couleur, notamment à la peinture à l’huile. Je cherche à révéler les possibilités plastiques de ces matières : leurs plis, leurs tensions, leurs transparences et leur manière de capter ou de laisser passer la lumière.
Les textiles que je récupère portent les traces de leurs usages antérieurs. Usure, coutures, déchirures ou inscriptions témoignent de gestes et de parcours qui précèdent mon intervention. Cette mémoire participe à la construction de l’œuvre. Elle demeure perceptible dans les fragments assemblés, tout en se transformant au contact des autres matières et de la peinture.
Mon travail se construit dans un dialogue entre structure et spontanéité. La résistance d’une fibre, la chute d’un tissu ou la tension d’un filet peuvent orienter la forme autant qu’un geste volontaire. J’explore les rapports entre poids et légèreté, densité et transparence, fragilité et permanence. La suspension, l’équilibre et les drapés introduisent un mouvement, réel ou suggéré, jusque dans les matières immobilisées.
La couleur et la lumière jouent un rôle essentiel dans cette transformation. Elles révèlent les reliefs, ouvrent des profondeurs et font varier la perception de l’œuvre selon le point de vue. Une matière dense peut sembler aérienne ; un textile souple acquérir une présence sculpturale.
À travers les pièces murales, les volumes et les installations, je poursuis une même recherche : faire du textile une présence qui engage le regard et le corps. L’œuvre invite à se déplacer, à observer ses détails et à éprouver les relations entre matière, lumière et espace.
De la peinture à l'espace ...
De la figuration à l'abstraction
Après une formation classique en Belgique, puis une approche plus libre de la création à l’Atelier des Beaux-Arts de la Ville de Paris, mon travail s’est progressivement éloigné de la représentation. Mes premières recherches m’ont conduit vers une peinture naïve, dans laquelle je commençais déjà à détourner les règles de la perspective et à libérer les formes de leur rapport au réel. Cette liberté m’a progressivement conduit vers l’abstraction. L’abstraction a constitué une étape déterminante dans mon parcours, en plaçant la couleur, le mouvement et les équilibres au cœur de la peinture. Avec le temps, cependant, la couleur seule ne m’a plus suffi. Empâtements, irrégularités et accidents de surface ont pris une importance croissante : la matière participait désormais à la construction de l’œuvre. De cette recherche est née l’envie d’introduire d’autres matériaux dans la peinture, jusqu’à faire progressivement quitter à celle-ci le plan de la toile pour entrer dans le volume.
Sculptural Painting : De la peinture à la sculpture
À mesure que la matière prenait une place plus importante dans mon travail, la surface plane de la toile ne me suffisait plus. Je ne cherchais plus seulement à créer l’illusion du relief par la peinture : j’éprouvais le besoin que ce relief existe réellement, qu’il modifie physiquement la surface de l’œuvre et sa relation à la lumière. J’ai alors commencé à introduire différents matériaux directement sur la toile. Tissus, fibres, cordes, filets ou éléments récupérés sont assemblés, superposés, plissés ou tendus afin de construire des volumes. Cette manière de travailler a profondément modifié mon processus de création. Je ne pars plus nécessairement d’une image ou d’une composition préétablie. Je choisis les matériaux pour leur texture, leur souplesse ou leur rigidité, leur transparence ou leur opacité, puis je les confronte les uns aux autres. C’est à cette pratique située à la frontière de la peinture et de la sculpture que je donne le nom de Sculptural Painting. Mais cette évolution a également changé mon regard sur les matériaux eux-mêmes. Filets, toiles, cordages, tissus et fibres ne constituaient plus seulement le support de la peinture : ils devenaient porteurs de leur propre langage. À partir de là, une nouvelle étape devenait possible : le textile pouvait s’émanciper de la toile et devenir l’œuvre elle-même...
Fiber Art
Peu à peu, la présence du textile s’est imposée jusqu’à devenir un élément essentiel de mon travail. Je me suis alors intéressé au textile pour ce qu’il est, autant que pour ce qu’il permet de construire. Chaque matière possède son propre comportement : la souplesse d’un tissu, la rigidité d’une toile de jute, la transparence d’un filet, la tension d’une corde ou la fragilité d’une fibre déterminent en partie la forme que prendra l’œuvre. Je les assemble, les superpose, les plie ou les mets en tension jusqu’à trouver un équilibre entre les formes — ou parfois un déséquilibre volontaire. Une grande partie de ces textiles et matériaux sont récupérés. Ils ont déjà eu une fonction, connu des manipulations, des déplacements, parfois une longue période d’usage. Leurs plis, leurs irrégularités, leurs usures ou leurs déchirures constituent une mémoire matérielle que je ne cherche pas nécessairement à effacer. En les intégrant à une œuvre, je leur donne une nouvelle existence sans faire totalement disparaître la précédente. Si la peinture reste pourtant indissociable de ma démarche, le rapport entre peinture et textile s’est inversé. Le textile n’était plus une matière ajoutée à la peinture : il devenait le point de départ de l’œuvre. Cette évolution m’a également amené à travailler davantage avec le vide, la transparence et la lumière. Un filet peut laisser apparaître ce qui se trouve derrière lui ; une corde peut dessiner une ligne dans l’espace ; une matière ajourée peut projeter une ombre et modifier sa perception selon le point de vue. L’œuvre ne se limite alors plus à sa propre surface : elle commence à dialoguer avec l’espace qui l’entoure. C’est à partir de cette recherche que mes formes ont progressivement quitté le cadre et le mur. Le textile pouvait désormais se développer librement, devenir volume et occuper l’espace. De matériau de la peinture, il était devenu matière de l’œuvre.
Les Installations
Avec Schuhe Aus!, j’ai commencé à explorer une autre manière de penser mon travail : non plus seulement créer un objet destiné à être regardé, mais imaginer une œuvre capable d’investir un lieu et de modifier, même temporairement, la manière dont on le perçoit. L’installation me permet de travailler avec l’espace, l’échelle, la lumière, le vide, le déplacement du visiteur et les caractéristiques propres à chaque lieu.L’œuvre n’est plus nécessairement contenue dans un cadre ou définie par ses seules limites physiques : elle peut se développer autour du spectateur et l’inviter à changer de point de vue, à contourner, traverser ou pénétrer l’espace qu’elle crée. Les matériaux peuvent changer d’échelle, être suspendus, accumulés ou mis en tension et entrer directement en dialogue avec l’architecture. Cette évolution transforme également la relation avec le spectateur. Face à une peinture, celui-ci reste généralement extérieur à l’œuvre ; avec l’installation, il partage son espace et son déplacement participe à sa perception. De Schuhe Aus! à Fiberhenge, cette recherche marque pour moi une nouvelle étape : après avoir fait sortir la peinture de la toile, puis le textile du mur, je cherche désormais à faire entrer le spectateur dans l’œuvre.
Mon dossier d'artiste
Retrouvez l’ensemble de mon parcours, mon CV et une sélection de mes travaux dans mon dossier d’artiste.




